000 Paris dernière

Le proverbe est chinois, millénaire et… galvaudé, certes. Ceci-dit, lorsque l’on se sent concerné au premier chef par un dicton, on est comme tenu par la main de tous ceux qui l’ont un jour ressenti. On a le sentiment d’en être à son tour l’un des auteurs. Demain dès l’aube, à l’heure où blanchit la banlieue, je m’engagerai dans un drôle de passage, je me plongerai jusqu’au cou dans mes propres possibles, et le moment sera parfait pour déclamer aux pigeons du boulevard: « Le voyage de mille lieues commence par un pas. »

Tu parles d’un pas! Sa charge émotionnelle et symbolique est telle qu’une canne blanche ne serait pas de trop pour ne pas rater le trottoir. Pas de feux de recul. Je suis coupé de mes arrières. Je n’ai plus que des « avant », comme les pions qui n’ont d’autre option que de monter à l’assaut. J’aurai d’ores et déjà réalisé la moitié de mon rêve en posant le pied dans le Boeing de la japan airlines: Me délester du superflu (et même de l’indispensable!) me lancer aux hasards et pulvériser la rythmique de la routine en effaçant toute forme de repère.

Le passé ne se clôt pas comme un bouquin, j’emporte mes anges et mes démons sous le bras. Mais tailler une encoche profonde sur sa ligne de vie permet d’entamer les nouveaux chapitres avec l’euphorie que confère la morphine des décisions radicales. Je serai sage et fou, prudent comme seuls savent l’être les gens déraisonnables, et avec une rasade de destin sur tout ça, l’avenir nous confessera peut-être ses secrets les plus intimes.

Puisque je dois conjuguer mon futur proche sur le lointain sol japonnais, le haïku est ici de rigueur:

Mon petit crayon, à lui seul, suffit à écrire les mots « vaste monde ».

Belleville, Paris, France. Sept2013.

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