070 blessures au lipstick

Quelque-chose de potentiellement puissant parcourt ces terrains sans sentiers. Extrêmes déraisonnables. Je vendange les images, moissonne les sensations, l’amour incorrigible, les panoramas mémorables. Entre l’océan pacifique et Boulder creek, entre leurs deux glougloutements, j’aurai repris/recessé de fumer, posé encore un bout de cœur sur le tapis de craps de la passion. Remodelé cent fois de plus, j’aurai aussi coché un paquet de cases sur la liste des choses immanquables.

Jupe de canon scié et dossard à squelettes… mortelle Melissa! Paraît qu’elle a posé pour des calendriers sexy et que ça paie vachement. Gageons alors qu’à cette époque elle ne se changeait pas dans les chiottes du Macdo. (mac donald, la plus grande chaîne de chiottes pour voyageurs au monde. A y être de produire de la merde….) Faut pas être en sucre d’orge avec les filles à contre-sens. C’est plus simple d’acheter un calendrier et de la jouer à cinq contre un! Je suis essoufflé par ma reconstruction. Escaladant les stades de conscience, il me semble bosser en altitude. J’écris faute de savoir dessiner, j’écris pour m’y retrouver. La véritable carte au trésor te mène à toi-même, malaxé, battu, coupé, redistribué. Ma pin-up, qui ne sait pas dans quel état errer, a désormais au moins un but bien clair: Un enfant dès que possible. ¡Hay mama! mauvaise pioche…moi qui ne peut que tirer à blanc… en même temps elle pourrait commencer par en parler (oh! surprise) à son « pas vraiment ex-boyfriend. »

« La mujer es como sangría, que a veces da salud y a veces mata. » (Comme une saignée, la femme peut te redonner la santé ou t’achever. Lope de Vega) J’essaie de faire renaître les sourires que la réalité a ravagés: Son enfant naîtra déjà tatoué. Mais y’a des rires, on croirait que tu te mords les joues. Elle râle que je mange des graines de tournesol dans les parcs protégés. J’ai beau tenter d’avancer que les pipas (le mot l’amuse beaucoup) sont grillées et certainement hybridées, donc totalement stériles, (décidément, tout est stérile dans cette bagnole….) rien n’y fait.

Découpe des ombres extravagantes, plus noires que la nuit étoilée. Conversations devant la fin des mondes. Mela défend les gays dont elle a fait partie, l’avortement, l’euthanasie, s’agace toute seule contre l’impérialisme conquérant, les OGM omniprésents aux States et les ONG qui ne savent pas sur quel pied ou quel financement danser. Elle prêche à un convaincu, mais quel désaccord sur le port d’armes! Selon elle, il n’y a pas de raison pour que seules les forces étatiques et la pègre aient des flingues. Elle pense qu’on est au bord d’un chaos imminent, d’un monde à la « mad Max » ultra violent.

Elle a déjà le look du futur. Moi je ne serai pas prophète en son pays, j’ai développé en voyageant une flemme incompressible pour les débats d’idées, mais je me demande bien si elle ne planque pas un 9mm automatique dans son sac. (C’est ça un rapport à risque?) « A sweet little bullet from a pretty blue gun ». (Une gentille petite balle tirée par un mignon pistolet bleu. Tom Waits.) Que la mort serait simple entre ses ongles vernis, que mon dernier souffle serait bien entre ses lèvres sucrées au lipstick. Quitte à mourir, qu’on m’enterre contre un de ces blocs minéraux incroyables qui bornent les immensités.

Mes jours sont du genre Hard-rock café philosophique. Elle est super cultivée mais semble oublier que je ne suis pas 100% bilingue, que je suis trop grand pour dormir profondément dans une stratus encombrée de couillandres et que je dois aussi accessoirement la conduire entre deux ébats déments et deux débats d’idées. Mes nuits sont dessinées par Tim Burton. Paraît que j’ai l’air d’un mélange de surfer et de fossoyeur avec un sourire d’enfant plein de conneries. Pas mal la description. Elle, elle est simplement folle et paumée comme on l’est tous, elle a seulement décidé de ne pas le cacher. A mort les apparences trompeuses, feu l’artifice. Ça n’est pas si simple apparemment. Je la soigne avec du Lisa Gerrard et de la philo d’aéroport. Mais lorsque tu répares l’aile brisée d’un oiseau, d’une chouette effarante, il faut t’attendre à ce qu’elle s’envole à nouveau. Je n’ai pas bien compris ce qu’elle avait à traverser, mais elle voulait quelqu’un pour lui tenir la main. Ce quelqu’un ce fut moi, à l’autre bout des bras…

« I know a falling star can’t fall forever, but let’s never stop falling in love… » (Je sais bien que les étoiles filantes ne peuvent pas tomber pour toujours, mais ne cessons jamais de tomber amoureux. Pink martini.)

Mes records de durée relationnelle tombent comme des couperets. On finira par avoir recours au chronomètre pour avoir les 10èmes de secondes… Je m’en balance, toutes mes rencontres ont duré une partie de l’éternité, et toutes étaient uniques, trésors sensationnels. Et puis, les histoires qui n’ont jamais vraiment pu commencer, celles qu’on a dû cacher ou cacheter, ont cet avantage de n’avoir jamais de fin. On a compté le temps en miles, 400 miles de courbes, de faux contacts et de vrais cris de joie qui s’évadent par les vitres teintées d’une tristesse latente. Je commence à fatiguer un peu de devoir raconter l’intégrité d’une rencontre, c’est à dire avec la fin, dans un seul et même courrier… Je crois que j’en parle pour essayer de l’extraire de ma tête et conduire plus prudemment, sans voir son mirage lever le pouce au bout de toutes les routes sans fin de l’ouest américain.

Voilà, voilà; vous en savez presque autant que moi à son propos, ça ne regarde que le destin mais bon, écrire fait un super confessionnal, et puis dans le genre romanesco-cinématographique… Si un jour en parcourant l’Utah ou le Colorado vous prenez en stop une fille bleue avec rien de bagage, et si vous ne tombez pas sous son charme toxique en lisant les vides que le tatoueur à laissé sur ses cuisses, dîtes-lui que je pense à elle dans toutes les lignes droites. Une dernière chose à savoir à son propos: quand elle descend pour s’en aller, elle le fait bien sûr sans laisser d’adresse…

Ce sont toujours les femmes idéales qui disparaîssent les premières.

« Homme-chien/femme-chienne, femme-canon/homme-obus, homme-tatoué/femme-panthère… mais toi: la femme idéale, tu survoles les alentours comme le vautour de l’amour… » (Arthur H)

Je ne sais plus où j’en suis, peut-être dans le Colorado ou dans une réserve indienne. Sans doute aux USA. Probablement en Mai 2014.

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