111 Hôtel à cinq milliards d’étoiles

5h dans les temples greco-romains de Paestrum, 5 ou 6h de plus dans Ercolanum et alentours, et 8h dans les excavations de Pompéi. Pas mal pour un début de doctorat en archéologie… Mais c’est d’abord (à l’arrivée) une ville moderne. Amusant de faire ses courses aux carouf’ de Pompéi ou de passer par la gare ferroviaire d’Ercolanum. Les fouilles sont belles, de la 3D de nos cours d’école. Ça fait se sentir toutes petites nos ruines à nous. On croirait que la cité s’est effondrée en 1979 et pas en 79…

Les gardiennes du temple s’ennuient dans les villas exceptionnelles mais trop éloignées du parcours guidé de seulement une heure trente (!). On fait les jolis à s’entretenir autour de l’impluvium ou devant les penates. Au moins on se sent moins abrutis qu’en discothèque…

De bien belles heures en plein cœur du soleil avec le mythique concert des Pink floyd dans les oreilles. La musique me soulève sur ses ailes psychédéliques. On a beau vouloir éclaircir les choses avec des éruptions solaires, il restera toujours des zones d’ombre. « Knowledge of love is knowledge of shadows »…

Restes osseux de cités rendus si savoureux par l’adjonction d’une julienne de cyprès, d’un bouquet-garni de gazon, ou d’une pincée de vieux pins-pignon. Technique « ankor wat » de la visite à rebrousse-poil. Je me révèle être un champion de la course d’orientation en quartiers détruits. Il faut dire qu’une ville en ruines ça se met à ressembler à la campagne. Et puis à ma manière je suis un peu un chien à fouir les décombres. Un trouveur de trésors entre les briques fendues par le froid désespoir. Les pieds bastonnés par les pavés antiques, les pixels des mosaïques pleins les yeux, on s’endort pétrifiés, blottis sur le vide pourtant tellement palpable de nos rêves et nos espérances, avec une peau de pierre et des poses qui rappellent un peu l’asphyxie.

Bien sûr la beauté nous débloque, articule nos membres figés. Pas question de se rendre, il y a trop de vin, trop de filles et trop de fontaines, et la mer qui répète inlassablement ses vagues invitations. Nous avons décidé de répondre à l’appel, de répondre « présent ». On fait les mangeurs de raisin étrusques. On prend exemple sur ces seigneurs du divertissement. On serre les poings sur le passé comme sur une balle anti-stress. On ne peut pas se tromper tant que le plaisir reste probable.

Il vesuvio (pas une pizzeria qui porte son nom ici) ne veut pas vider son bol de nuages. Le cratère restera mystérieux et les 6€/h de parking… dans ma poche. On se coule sur ses pentes en regardant Napoli comme on aurait pu regarder Gomorre.

A peine éloignés des hystéries napolitaines on voit les villas et les grands palais napoléoniens que les crédits ont abandonné. Les jardins se voudraient versaillais sans arrosage. Perspective de 3km sur la façade un peu décevante de la reggia de Caserta. L’orgueil des siècles et les dorures se fanent sous les yeux de la corruption indifférente. Mieux vaut se rappeler des cartes postales pour une fois.

On retrouve un semblant de raison et de toute relative sécurité routière dans le Lazio. On utilise à nouveau les dixièmes de centimes. (L’arrondi est de mise dans la Campagna, ce qui n’est pas plus mal à vrai dire.) Le grand vide-poche à touristes, lui, n’a pas de limites. Pour bien faire il faudrait sans sourciller se défaire de quelques 50€ par village (et ils sont légion) pour suivre la logique des visites. Du coup on perd quelques beaux sites mais on se rattrape en fraudant ou en fouissant les recoins ignorés.

Collines perforées de nécropoles étrusques, recouvertes de noisetiers. Ils pourraient se jumeler avec une région de cacaotiers et de célébrations tribales et faire une internationale du nutella et des peintures funéraires.

Nuitée aux belles étoiles sur les pentes magnifiques des Abruzzes. J’ai un valet de douche en olivier vivant. Mon tapis de bain est en mousse végétale. La savonnette toute collée de brindilles ressemble à un produit bio de luxe. L’eau de source presque bénite d’avoir traversé tant de sanctuaires est chauffée au solaire. On prend une goulée de fraîcheur comme dans un ballon de vin blanc. Tilleuls, grands chênes et châtaigners nous cachent derrière leur houppier rempli de berceuses. On est hydratés par l’hydrolat qui monte du grand sarcophage des sous-bois. Ecouter le chahut des piafs et des écureuils avant de céder au sommeil. S’endormir en pensant juste un peu aux ours, aux loups et aux chats sauvages qui fréquentent les mêmes parages.

La route serpente entre les monastères au-dessus de la plaine remplie de tentations, des bikinis du lac de Bracciano, rond comme une lune pleine. Entre nos nuits il y a Rome. Je me réserve sa super-sainteté pour la fin. On ne fait que passer, comme des princes qui ignorent sa beauté légendaire. Corsetée dans ses embouteillages, parfaitement délimitée par un orage. Je parierais que les éclairs sont centralisés sur le Vatican…

En entrant dans une des premières églises sur notre parcours, j’ai trouvé une bible et joué aux divinations en pointant un passage à l’aveugle. Je laisse l’interprétation libre:

« Chi ama il pericolo in esso perirá »…….(Si 3,25) (Qui aime le danger mourra dans le danger. Un truc genre: qui vit par l’épée mourra par l’épée? Je ne sais plus. Avant je parlais trois langues. A la quatrième je n’en parle plus aucune…)

Entre Campagna ouest et nord Lazio. Italie. Juil 2015.

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