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Dans l’arrière-cour, au cul des boutiques de luxe,
on peut se demander jusqu’à quel point on est en droit
de faire rimer « vétiver » avec « misère ».
Mendiants et pigeons que l’on repousse de toute notre humanité.
Quand il ne reste rien, sinon l’impression malheureuse de se sentir totalement dépassé. Puis se parfumer les valseuses au vétiver…
À petits pas dans la misère.

(Lyon Part-Dieu, été 07)

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Une poésie pâte-à-modeler, des hypothèses à prise rapide.
Une poésie presse-papier, un recueil d’onomatopées.
Une poésie rapiécée, renforcée dans les coins.
Une poésie rembourrée, lardée de sens commun.
Une poésie remboursée, que l’on ne sut pas satisfaire.
La législation en vigueur, des médailles plantées dans le cœur.
Un vocabulaire de forçat, une poésie couche-toi-là.
Et puis quelques os blancs, une grande variété d’abats,
soixante-cinq kilos de viande à couscous
et une dizaine de doigts.
Cinq doigts de bonheur.
Cinq doigts de malheur.
Et dix orteils,
pour pas oublier d’avancer.

(Plateau de Nizas, mai 11)

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J’ai troqué ce ciel sans ratures contre une fille à scandales.
C’est dans son objectif qu’est gravé le meilleur de moi.
Parce que l’image est à l’envers et la filtration favorable.
Parce que mes blancs dans sa balance sont moins maladroits
que mes mots.

(Plage des aresquiers. Mars 12)

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Sur son réduit de pierre
adoucie un peu par les mousses,
la plus touchante des plaques
que le marbre ait jamais porté:

« Toute personne ayant des informations
sur cette tombe abandonnée, est priée
de s’adresser au concierge du cimetière. »

Les deux pleureuses agenouillées
se soucient-elles de ce soupçon d’éternité?
Ce que leurs yeux de pierre,
de larmes de pierres ont pleuré…

(Vallée du Tarn, été 2009)

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Les maisons immobiles
gardent un œil méfiant
sur ces maisons mobiles
et leur regroupement.

Les secrets des courtes fenêtres,
de ces rideaux moitié tirés.
Toute cette vie au grand jour,
pour nous toujours dissimulée.

(Les gitans au village. Alignan du vent. Oct 08)

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Les souffrances liées à la perte d’un être cher atteignent un climax inquiétant le jour où l’on réalise que l’on n’en n’avait encore jamais été séparé aussi longtemps. Que jamais le thé n’avait autant refroidi. Que jamais auparavant l’on n’avait eu une telle envie de se parler, de s’en raconter des fontaines ou des frontières, de se transmettre des « je t’aime fort », des « merci pour tout », ou bien la durée de cuisson des pois chiches…

Nos proches nous quittent comme l’été, et l’hiver de l’absence nous fait sa gueule de « j’avais pourtant prévenu ». Puis du parquet, on tire l’histoire d’un arbre, d’un vieux poirier qui ne servait qu’au jus. On confie nos mémoires à un pull étiré. On ne mentionne pas le centième des sentiments qui nous transpercent. On ressort du grenier des jouets cassés comme des placements boursiers. On se transmet des bijoux jamais portés. (« pour le cas où », par peur du vol ou des envieux, qui ont enfin cessé d’obséder les squelettes…) On commence doucement à réécrire les aventures, à mettre partout des rubans, du sent-bon, des ratures et du cirage. D’une partie du jardin, d’un coffret de thuya, d’un divan défoncé, on extrait l’antique élixir, l’enfance infiltrée de fous rires, la joie emmaillotée comme un chaton acheté dix francs au marché…

Parce que la réalité nous tord le bras pour nous faire avancer.
Parce que nous ne sommes rien, sinon prêts à recommencer.

(« Deuils en désordre » Marguerite. Oct 2006)

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Mes attentes me font sourire.
Mes peurs m’étonnent.
J’attends assez tranquillement mon heure.
Mais l’heure ça n’est rien du tout.
Le tout: c’est l’attente.
Et mes attentes me font sourire…

Mes évidences avancent,
étourdies par tant de clarté.
Mes évidences avancent,
comme sur le pont japonais de Monet.
Mes évidences… avancent.

(Neffiès. Printemps 2007)

« Devant le volubilis, il est homme à déposer son balais à terre. » (Fûmo)

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