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Quel vent de folie vous amène?
Avez-vous chevauché la crue?
Vous a-t-on observé et qu’a-t-on vu?
Seriez-vous le feu sur la scène,
le rideau que l’on tire,
comme tirent les artificiers?

Qu’a-t-on vu dans vos bras?
Preniez-vous de l’avance
ou perdiez-vous la foi?
Que saviez-vous alors
que nous ne savions pas déjà?
Quand sonnerait la délivrance,
les appels en absence.
Et que nous serions mis en garde.
Et que nous serions mis en terre.

Passiez-vous par là pour nous rappeler
que quiconque a des mots
peut en faire tout un drame?
Étiez-vous des marchands de fables?
De vieux amis fâchés?
Ou de l’apocalypse,
les quatre premiers cavaliers?

(Perpignan. Avril 06)

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Ils ont choisi une rue vraiment mince, mal éclairée, sans trop de passage, et surtout pas bien longue, pour la nommer « rue de l’espérance »…
Pourquoi pas « impasse du bonheur », ou « voie sans issue des envies » tant qu’on y est ?

Je pourrais t’en faire des centaines comme ça, mais je trouve plus approprié de poser mon deuil en désordre sur le mauvais trottoir de ta petite rue de l’espérance, indifférent aux rumeurs des avenues anonymes, brutalement débaptisées par ton absence.

(« Deuils en désordre ». Annecy. été 06)

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Il est dit.
Il se répète.
Il y a des chances.
Il paraît évident.
Il peut sembler normal.
Il s’en est fallu de peu.
Il ne manquait plus que ça.
Il est certain.
Il va de soi.
Il va sans dire…

Mais il s’en va.

(Pézenas. Mars 03)

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Dans la mâchoire de l’arène,
une langue de sable se prépare à boire du sang.
Lorsque la foule de dents fait « Ah! »,
il jaillit du sombre œsophage une fureur ancestrale,
que surtout la fanfare affole.

(Souvenir de corridas. Nîmes. Sept 1988?)

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Les colombes se posent au hasard des tombes, déféquant indifféremment sur ce que furent de grands espoirs ou des courses contre le temps.
Le vent se faufile à son aise entre les morts-nés et les arbres de judée, répandant de par le monde des sentiments ultraviolets.

(« Deuils en désordre ». Pézenas. Sept 03)

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Je me suis lancé aux hasards,
j’ai ricoché dans un verre d’eau.
J’ai embrassé çà et là des sourires noirs.
J’ai étreint des passions déguisées en ruisseaux.
On m’a pris dans des filets de résille.
J’ai dormi allongé entre les rails.

J’ai épuisé des chattes de gouttière, épousé des chiennes de caniveau.
Dans mes regains fauchés cent fois, cent fois a refleuri ma faim.
J’étais sans cesse à ma rescousse ou à pincer le cul des mousses.
Je me suis pris pour un mendiant devant une poignée d’amandes vertes.
J’ai suivi les conseils facétieux de troncs plusieurs fois centenaires.

On m’a soigné sur des brancards de paille.
J’ai patiemment appris des secrets de lézards.
La terre a passé partout sa main sèche.
Le bois m’a confié son écharde.
J’ai lentement gagné le respect des mésanges.
On m’a repeint aux mûres sauvages.

J’ai marché vers ma véritable gloire en compagnie des plus petits chemins. J’ai même compris les clins d’œil de mon chien.
Un âne mouillé valait dix copains d’abordage.
L’été avait toujours mon âge.

Une véritable chaleur me vient de tout cela,
de cette longue fille et de ce court sommeil,
et aussi un peu de ce feu,
couvé comme un œuf de soleil.

(En voyant venir mes trente ans. Neffiès. Février 08)

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Fille chiffon, nymphe chétive,
piétine ma gloire de tes pieds nus.
Va mirobolante et divague, farfouillis farfelu.
Suave, en tout étourdissante,
à me parcourir de baisers.
Tu conserves ta majesté,
déchirée comme tes bas de soie.
Bestialité sous les caresses,
l’ivresse comme une fin en soi.

(Montpellier. Juin 09)

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Leurs croix prennent la mer.
Ils parlent encore de s’embarquer.
Parce qu’ici leurs asticots
prennent un petit goût salé.
Parce qu’ils reposent en lumière.
Parce que leurs couronnes
ressemblent à des bouées.

(Cimetière marin, Sète. Juillet 10)

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Songerie d’images géodiques
sur un coussin de métastases.
Le scanner comme un télescope.
Homme-obus dans le tomographe.
Filmé en gamma caméra
comme un super héro.
Introspection au kaléidoscope.

Reproduction du crabe
sur l’archipel de l’os.
La toute petite bébête,
qui mangera la grosse (?)

(Pavillon d’imagerie médicale. Béziers 05)

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Faire demi-tour, sûrement pour mieux repartir.
Siffloter sa rengaine, sa comptine un peu parodiée.
Devenir un regard fuyant et contempler la vie de biais.
Vider son sac et s’éparpiller sur le quai.
Faire demi-tour, pour apprendre à se supporter.

(Gare de Bourg. Août 2013)

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« Je me tiens un peu plus tranquille, dans cette lumière de mars, qu’un rien semble pouvoir briser. » (Philippe Jaccottet)

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