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La même terre que celle de Siddhārtha.
Cette terre qui a les yeux bleus,
où rien ne se perd de nos larmes.

Les sols qu’on ne foulera pas.
Celles et ceux qui ne voulurent pas de nous.
Le voyage d’études de l’indifférence.
La valeur des anciennes photos.
Le bord de mer, le mal au cœur.
L’impuissance qui nous mord le cou.
La poésie, les femmes nues,
l’épée pendue juste au-dessus.
Les pages qui ont nourri le feu,
tous ces « jamais, au grand jamais! »
Et ces parfums qui nous rappellent…

Un ange nous file entre les doigts,
sous les beaux yeux bleus de la terre,
la même que celle de Siddhārtha.

(Manosque. Mars 2008)

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Je ne m’étendrai pas.
C’est à moi de me taire.
A mon tour de laisser parler,
de voir éclore les contresens,
d’étrangler la complexité.

Je ne m’attendrai pas.
J’ai mieux à faire que d’espérer,
m’intoxiquer avec des si
demander mon approbation
être tous les jours hors-sujet.

Je ne me tiendrai pas la porte.
Je suis venu pour claquer dans le vent,
pour enfiler des perles et des étoiles,
pour dérober des figues
et dormir dans les champs.

Je ne me tendrai pas la main.
Je ne donnerai pas mon bras.
J’irai toujours trois pas devant.
Je laisserai un homme à terre.
Je ne coûterai rien au temps.

(Saint-Rémi de pce. Juillet 2011)

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Ce n’était pourtant pas une musique à porter un cercueil.
Ce n’était pas une devise de vagabond.
C’était l’air de l’automne,
et tout ce que l’on en retient
c’est que ce fut le moment de regarder jaunir les marronniers.

(Deuils en désordre. Pézenas. Sept 03)

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Une forme de rien fait promener son ombre sur un carillon de calcaire. La forme est absorbée dans la recherche de ses contours. L’été à du mal à la suivre, tant la forme n’est pas tranchée, tant son dessin est imprécis. La forme est déformée par les cahots sournois, les embardées inévitables. La forme est différente à chacun de ses pas. Pourtant, la forme me ressemble, si je ne me trompe pas.

(Sault de Vaucluse. Août 2010)

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Toujours tenter. Jamais faiblir.
Tout voyager sans s’alourdir.
Tendre aux limites, chercher la sève.
Croire au partage, aux jours de trêve.
Ne pas trembler avant la peur
et faire un rite de nos erreurs.
S’alléger à s’en dévêtir.
Toujours tenter, jamais faiblir.

(Grignan. 1998)

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Une femme s’endort contre le sein chaud de la dune.
Elle a de nouveau foi en la douceur.
Elle se mêle au silence du monde qui ressemble si fort au ronflement des vagues.
Elle ne rassemble plus en fagots pesants les brindilles de ce quotidien qu’elle pensait prévisible.
‎L’inattention est la plus éclatante de ses médailles.
Elle a un sourire épatant.
Elle n’a besoin de rien.
Elle n’a pas besoin de moi.

(Plage de la Tamarissière. Oct 04)

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Dies irae, dies illa.
Jour de colère et caetera.

A pas de géant dans ma cage, je veux tout voir de mon naufrage. La mort m’est montée à la tête. Vieux démon n’y a-t-il que moi qui te tiens par la barbichette?

Je me laisserais volontiers aller au repos éternel, dormir dans les cendres du globe, si l’on voulait réduire un petit peu la lumière sans déclin. Je n’ai que faire de la pitié, j’ai devant moi tout ce sur quoi le monde sera plus ou moins justement jugé.

Malheureux que je suis… au moins n’aurai-je plus rien à ajouter quand le juste lui-même sera dans l’embarras. Jour de colère que ce jour-là: gros-grand-gras jour du retour des promesses en pleine gueule. Mais bon… je serais bien tombé tout seul. Jour de colère, de choléra, jour de colère et caetera.

Roi de gloire, accorde-leur une place parmi les brebis, et remets à demain leurs péchés d’aujourd’hui. Dieu fortiche et fastoche, accorde-leur la grâce, donne-la leur gratis, préserve-les de la pensée, des choses sales, humides ou lisses, qu’ils ne passent pas là où ça glisse!

En ce jour de calamité et de misère, ce jour énorme d’amertume, bref, en ce jour de colère: Donne du mou à ta fameuse miséricorde, sois sensible à ce qui te rendait si fier. Car tes cloportes roulent en boule chaque fois que tu cries et ne distinguent plus trop bien leurs prières de leurs cris.

Vois-nous pareil que nous te voyons.
Pardonne comme nous te pardonnons.
Et puisque tu y tiens tellement, laisse-donc éclater ta colère! Mais ne prends surtout pas trop soin de mon heure dernière…

Lacrymosa dies illa.
Il est tellement triste ce jour-là. Tout le monde semble heureux et je ne comprends pas pourquoi.

Dies irae, dies illa.
Jour de colère et caetera…

(Montpellier. Juin 2002)

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Trop d’humains tue l’humanité.
Mais Trop n’y peut rien, ou si peu.
Et Si peut à peine mieux que rien.
Rien ne fait surtout rien que d’y penser,
que d’en faire trop, c’est bien assez.
Assez dit que c’est déjà bien,
et Bien susurre qu’il aime mieux
n’avoir pas à se prononcer.
Mieux est ravie, ça va de soit.
Soi l’un, Soi l’autre… on ne sait pas.
On se demande si c’est pas ça l’humanité,
l’humain en soi qui n’en a rien à cirer,
l’humain en soi qui ne fait rien,
rien qu’à nous marcher sur les pieds.

(Maguelone, été 2006)

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Il y a des marchepieds pour chaque élévation, des promontoires à pas de loup.
Il y a de ces feux qui nous sont comme un soir d’été, des éruptions solaires dans le marc de café.
Il y a un digicode entre tes jambes, cent milliards d’étoiles au carré.
Il y a des mathématiques dans la feuille de laurier.
Il y a une force lente, des sauts périlleux dans l’ivresse. Une chanson sous chaque pierre, un tempo débonnaire, des roubaïyat en rotation.
Il y a des trésors partout, presque autant que des mines, et ces incantations qu’on peut apprendre à contrôler.
Il y a ce que l’on croit savoir, ôté de ce peu que l’on sait.

Le monde de demain est soumis à nos souhaits.

(Lac du Salagou. Avril 08)

« Je chante la joie d’errer et le plaisir d’en mourir…
Il s’en allait indifférent, jouant son air, il s’en allait terriblement. »
(Apollinaire.)

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