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(ÉTÉ)

Je sais que là-haut, quelque part,
des guêpiers ont jonglé avec l’orage,
qu’ils ont crié comme la kora
en déféquant des criquets africains.

J’imagine qu’ils auront laissé une plume de jade à la bataille,
récitant la chanson qui manquera à mes répliques,
lorsque je devrai m’en tenir à notre opéra dramatique,
de plain-pied dans notre potage, à ménager nos tragédies.

Alors, dans le glouglou des glaires,
les origamis invraisemblables
de mes textes et de tes mouchoirs
dériveront sur le clapotis de l’orgueil,
qui parviendra à nous faire croire
que nous en sommes sortis grandis.

~~~

N’importe quoi,
mais plus de mantras inaudibles,
d’imprécations du bout des dents.
Que le doute ne se tienne plus là
à renifler autour de lui.

Si tu restais un peu,
tu me verrais pleurnicher des chinoiseries,
un Tao crédible et criant.

Mais je ressemble à ta faiblesse
lorsque je me crache au visage
au point de n’être plus lisible
par ceux qui me voudraient constant.

Que les fêtes estivales
tournent nos drames en farces.
Menant la danse comme une garce,
je te dirai jusqu’où
nous ne serons jamais allés.
Je te parlerai de ces vœux
qu’il nous restait à bricoler.
Je te raconterai qu’au Louvre
la petite vestale qui te ressemble tant
a laissé s’éteindre sa flamme.

Je nous vêtirai pour le bal.
Je glisserai un chrysanthème dans tes cheveux.
Puisque c’est là où tous les autres dansent
que l’on se déteste le mieux.

~~~

Je pense à toi,
à ce que tu dirais de moi
si je te mettais à ma place,
si tu me voyais dans ta glace.
Dépassé par les bornes.
Surpassant les évènements.
Je prendrais les deux mains de ton courage.
Je te dessinerais dans une cage,
une boite à chaussures percée.
Et je déserterais nos guerres,
à la vitesse de ta lumière.

~~~

C’est une idée assez grossière,
qui ne s’est même pas déchaussée avant d’entrer.
Il faut voir les conseils sournois que peut colporter l’insomnie:
On ne me verra plus rôder dans ta nuisette!
J’ai bazardé tous les « je t’aime » et tous les quatorze juillet.

Tu as disparu du miroir où je suis nu, déshabillé de toi.
Dans quel tarot lis-tu ton avenir sans moi?
Fais voir un peu ce que m’offre le monde en échange de nous deux.

J’ai encore beaucoup de tes points de suspension coincés entre les dents.
Mais, j’ai aussi tout un univers dans ma veste:
Les clefs de la bagnole, le Laguiole du grand-père,
cent mille milliards d’étoiles à explorer…

Seulement, toi, c’est moche, tu ne tiens dans aucune poche.

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« … comme si les touches (de piano) sur lesquelles il courait avec agilité avaient été une suite de trapèzes d’où il pouvait tomber d’une hauteur de quatre-vingts mètres. » (Marcel Proust)

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