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(AUTOMNE)

Je me suis cramponné à ce bonheur,
comme on retient son air sous l’eau.
J’ai pris soin de nos joies tombées du nid,
comme de ces oisillons qui ne passent jamais la nuit.

A tant vouloir remettre le combat à demain,
demain s’est transformé en trois ans plus tard,
et la bataille n’avait pas encore commencé.
Tout juste de laborieux préparatifs,
interminable revue des troupes en présence.
Alangui dans la crasse des possibilités,
comme on se permet d’être un peu dégueu
juste avant d’aller sous la douche…

L’extraction des sentiments exige une ablation lente et méticuleuse.
La mort de l’amour suppose une agonie suffisamment longue et voluptueuse pour nous laisser le temps de bien souffrir.

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Sais-tu qu’il pleut,
que nous n’étions pas dignes de renom,
que la rumeur ne nous concernait pas?

Sais-tu seulement qu’il pleut,
que nous étions faits l’un pour l’autre,
et que cet « autre », ce ne sera plus jamais moi?

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C’était l’ordalie ordinaire.
Jugé par feu mes amoureuses,
je n’avais qu’à tendre le poing pour récolter l’adversité…

Je n’ai pas honte d’admettre que partir,
c’est s’enfuir un peu, beaucoup, passionnément, en ma folie…
A ce train-là, je ne serai plus jamais de nulle part.

Mais le terroir n’est qu’un tiroir.
La terre, si tu veux tout savoir, la terre m’écœure.
La terre me tâche, me craquelle ou me colle.
La terre, j’en ai soupé les trois mille cinq-cents derniers soirs,
et vois ce qu’il m’en est resté:
tout ce sable de matières mortes,
cette recette gluante de silice et d’ancêtres.

Alors, oui, mes jours avec toi sont comptés.
Peut-être pas sur les plus beaux des doigts.
Sur des mains vulnérables, abîmées,
mais de moins en moins hésitantes.

Ton cœur-canon contre la tempe,
je n’ai plus la trouille de presser le pas.
J’avance en souriant, dans mes propres gravats.

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C’est le fossé entre nos dégénérations.
La course à pied entre nos deux claudications.
C’est le hasard qui grogne,
quand on lui marche sur la queue.
L’au-delà désarticulé.

Ce n’est pas une simple flamme
qui brûle dans le fond de tes yeux,
c’est mon bûcher.

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« J’ai vu un barrage déchiré par la glace, et je vois son cœur auquel il va arriver la même chose. » (Vladimir Holan)

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