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(HIVER)

Nos drames se suivent et se ressemblent
comme deux gouttes de formol.

Mon cri cherche sa tessiture
entre soupirs et saxophone.

Calme plat.
Comme une planche à découper.
Et du revers de son hachoir
s’aplatit décembre assassin,
régent sévère d’un probable printemps,
déjà exténué, exsangue, et jamais à propos.

Les jours s’emboîtent et ne laissent rien filtrer.
Toujours partants pour ne rien dire.
Asexués comme le ronron d’une musique de chambre froide.

Épouse-moi tel un suaire,
pour qu’à l’envers et contre toi
s’imprime le souvenir de mon sourire.
Le portrait discutable du sauveur
que je ne fus jamais pour toi.

~~~

Ce n’est pas nous, ce couple qui promène en la carte postale du petit jour,
qui fait toujours un pas de plus vers l’eau qui mouille les pierres de Port Lligat.

Ce n’est pas nous, ce couple qui fait croire que c’est facile de se donner la main,
ces amoureux que j’observe à la dérobée en griffonnant ce que mes yeux n’arrivent plus à faire couler.

~~~

Voilà qu’il pleut sur le bois sec.
Alors, on brûlera la pluie, et l’on n’attendra pas les petits lampions du mimosa,
éclatés entre les pinces des dernières gelées.

Ta présence aura été comme une inclusion entre deux de ses floraisons,
et moi, venu juste avant, parti un peu après, comme un portier, le temps d’ouvrir, d’aérer, de t’aimer. Le temps de tout ranger, et de recoudre vite et mal ce qu’on aurait voulu ne jamais déchirer…

~~~

Extrait de peur,
brûleur de grands chemins.
Tout entier preneur, otage et rançon.
Précision de mes flêches,
à la recherche du rebond.

Démasqué, émasculé,
prié de ne pas déranger.
Eschatologie droit devant.
Apocalypse en mouvement…

Me voici tout de nerfs vétu.
Segmenté comme un sémaphore.
Bouillonnant dans mes huiles saintes.
Musardant sous des soleils torrentiels.

Embarqué en l’intempérance,
je sépare ma plume de tes plombs…

Donnez-moi des cils assez longs,
et je soulèverai le monde.

~~~

« Obstacle si léger sur ma poitrine, comme tu t’appuies maintenant.
Tu t’appuies tellement, maintenant que tu n’es plus. » (Henri Michaux)

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