188 Dans tes yeux de cyclone

Alice me parle de merveilles,
et les fleurs brûlées se réveillent.
Je course le pompon d’un lapin noir
au fond d’un terrier de corail.

Je plaque mes désaccords
sur une portée disparue.
Je m’en souviens comme si c’était amer,
comme si tout était encore pour demain.

Les orchidées cachent le jardin.
Yishka, tes yeux de jais, nos jets de pierres,
ton épiderme de pétrole et mes années-lumière
font partie des collections privées du destin…

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Les alizés de A à Z,
zamais à court de mots,
zamais à bout de souffle,
filant les filaos,
foulevant les frégates,
ébouriffant le chat
qui voudrait bouffer du mainate…

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Une mer de nuages, et rien que d’y songer,
s’échanger des messages, se laisser emporter,
payer en coquillages les caresses effrénées
et le septième étage de ton ciel insensé,
sous la mer de nuages où l’avion t’a laissée.

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Reggae sur les récifs, séga sucré, mambo juteux,
sueur créole au creux des reins,
et ce blues un rien douloureux…
De la Roche-qui-pleure au Cap Malheureux.
(…Anything that you wanted you could have…)

J’ai pris ta main avec fierté
en dépit des commères du bidonville
et de la misère de ta maison de poupée
chiffonnée par l’adversité.
(…She lives in a house that’s way back off the road…)

Tous les taxis connaissaient nos prénoms,
nous étions fameux à notre façon,
vedettes d’un instantané de karma
entre les parpaings du ghetto.
(…A coal stove and a bed, a skillet and a hound…)

Le riz et les regards gluants de ta sœur,
qui désossait la poule en me dévisageant.
L’approbation de ce qu’il restait de ton père
après quatre tasses de ratafia blanc.
(…She’s whiskey in a teacup, she gives blondes a lousy name…)

Les dieux qui te tournaient la tête,
le sang de coq et la mousse de Phœnix,
l’islam roulé dans de beaux draps,
le curé forcé de sympathiser avec Brahma.
(…There’s no prayer like desire…)

Je m’oblige à penser aux chauves-souris
du beau jardin de Pamplemousses,
et pas seulement à la blouse immaculée
qui emballait tes éléments de caramel salé.
(…She’s a Bonzai Aphrodite…)

Je me souviens des vendeurs d’ananas.
Je mélange souvent la fumée avec tes lèvres brunes.
J’évoque les lagons ou les ouragans,
et les oiseaux se partagent tes vingt-trois ans.
(…There’s amnesia in her kiss…)

Les petits sous de nos baisers
n’auront eu cours qu’entre nous deux.
Tu me poursuis dans les marines,
je suis tes hanches sur les fonds bleus.
(…She’s a swan and a pistol, and she will follow you like this…)

Je noie la vanille de ta voix
dans le rhum noir des souvenirs.
Tu mets partout ton grain de sel,
dans mes currys et mes coupures.
(…I swang out wide with her on hells iron gate…)

Je sens tes canines insatiables
percer entre les coquillages.
Perturbés par ton métissage,
tous mes territoires se mélangent.
(…She’s a ticket back to Spain)

Une seule île vous manque,
et l’océan est asséché,
et la terre est privée de rives,
les paradis sont pris d’assaut.
(…There’s a man with a lantern and he carries her soul…)

Tu as emporté les meilleures plages avec toi,
tu as laissé un trou dans la couche de soleil,
volage comme l’amour qui se trompe,
légère comme l’amour qui se tait.
(…She’s a hard way to go and there ain’t no way to stop…)

Comme qui rigole, pour pas chialer,
je tends l’autre joue aux charniers.
Yishka, étrangère à ma cause,
ta vie en gris, ta mort en rose.
(…My eyes say their prayers to her, sailors ring her bell…)

Tu aspirais au calme plat.
Tu t’es balancée dans le vide, mais il ne l’était pas :
Les ravins ont des double-fonds,
la mer n’est pas toujours là où il faut.
(…Like a moth mistakes a light bulb for the moon and goes to hell…)

De partout tu es morte. De partout tu m’attends.
Rien ne te tue complètement.
Tu tombes lentement de toutes les falaises,
tu me souris même quand je baise.
(…Every time you play the red the black is coming up…)

J’ai tellement ralenti le temps
qu’il s’est arrêté tout de bon.
Depuis, ton rire de clochettes étourdit la terre,
et plus jamais je ne te perds,
et plus jamais je ne te perds,
et plus jamais je ne te perds,
et plus jamsis je ne te perds,
et olus jjamais je n te perds,
et plusammais je ne te perds,
et okus jamwis je ne te oerds,
wt klus jamaiq oe le rs oefs,
en fnsk kamdid nd fk le ñerds,
fjsiidnsuf di fk dkcjs,
dnxkck fkekwhzbwjzu,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,*

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Le gecko boit sur les carreaux
la buée de tes longs soupirs.
Auto-collant de la luxure…

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Quartier mal famé de la lune.
Sheeva frissonne devant une flambée d’encens.
L’hiver envahit tous les hémisphères.

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Le moucheron avide
se noie dans la purée d’igname.
Dans quelle bouillie nous débattons-nous?

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Cette fille aux yeux de cyclone
ne m’aura laissé que dévastations,
un abri de planches à la plage,
des souvenirs de force cent.

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Quand on défait sa part des choses,
que l’on se jette dans la gueule de son propre loup,
quand ce qu’était notre portion a été partagé aux lions…
A Maurice, il reste encore quelque chose.

Parce que le corail du squelette
est une barrière aux dents blanches,
qu’un peu de vie s’y développe,
et que si tu mets ton oreille
contre ce qui sera mon crâne,
toujours tu entendras la mer…

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« She’s my black market baby, she’s a diamond, that wants to stay coal… »
(C’est ma chérie du marché noir, c’est un diamant qui préfère rester de charbon…)

Cap Malheureux. Île Maurice. Mai 2011

*Accompagné d’extraits de « Black market baby », by Tom Waits

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