214 Perdu par passion

La brise prend de la vitesse sous le pont des passeurs d’opium, à la prise d’air froid de l’Europe. Le Bosphore donne une dernière embrassade aux navires qui s’aventurent sur la mer Noire. Un détroit sans faux-col, servi sur un plateau resplendissant. On se sent rayonnants, pareils aux saints personnages des enluminures dont les turbans sont couronnées de flammes, auréoles incandescentes.

Istanbul dans le bruit des bulles. Grelots délicats des tulipes à thé. La Turquie apparait dans le marc de café, la fumée âcre des ferries, l’haleine suave des narguilés. J’aimerais m’adresser aux coupoles avec des soupirs flûtés et dire avec des notes tous ces compliments que l’ottoman m’interdit de prononcer. Je voudrais apprendre le türk en me vautrant trente années dans ces longs divans de velours, user mes yeux sur la mer de Marmara, me croire un peu résident de ces quartiers où friser la pauvreté ne nous interdit pas d’être tous un peu sultans, où les pâtissiers sont sculpteurs et les cuisiniers artisans.

La musique des pinces à charbon, des jetons de jacquet, la toupie des bateaux, le tournis des ruelles, la ronde énorme du tourisme. La vie comme on serait tenté de la décrire s’il fallait élire une capitale pour nos envolées, un port où ancrer quelques rêves, en ce point où se croisent tant de droites et de sinusoïdales.

Pour goûter à tout ce qui fait envie, il faudrait passer un an sur place en faisant six repas par jour. L’estomac endure de longues sessions d’étirements, des cures de miels et de piments, des lavements aux infusions, de grands bains de yogourt salé. Il découvre tous les états du sucre, surpris que ce soit toujours l’heure du jus de grenade, ou qu’avec la farine on puisse aussi faire ça…

Ah ! L’orient et sa maîtrise des plaisirs, grand faisceau de détails qui concourent à rendre la vie appétissante… On y songe en parcourant la grande boîte à bijoux qu’ils appellent le palais de Topkapi. Promenade dans le plumage d’un gigantesque paon royal. On avance dans le clapotis d’une mer de céramiques, les yeux ciselés, le cervelet de marbre, et l’on s’assied prostré au bout de la pointe de la corne d’or en s’imaginant volontiers calife à la place du calife. Les mosquées ne sont pas en reste, à un niveau d’esthétique difficile à surpasser, au coude à coude avec les monstres sacrés de la splendeur monumentale.

Quant au célébrissime, gigantesque et labyrinthique Grand Bazaar, je suis presque au regret de dire qu’on finit par s’y retrouver. Il faut certes tirer fort sur le fil d’Ariane, mettre les bouchées doubles à l’hippocampe, différencier les magnifiques plafonds boursouflés de coupoles. Il faut savoir se défier de l’hypnose des lampions, reconnaitre les mille versions de visages que cette terre a façonné, se trouver des repaires dans le peu qui n’est pas en vente.

C’est une aventure délicieuse que de se perdre sans préoccupation aucune dans ce magasin-citadelle inconcevable. Dans une fiction on trouverait ça tiré par les cheveux. Heureusement, parce qu’à mes yeux, la grande majorité des trois ou quatre mille boutiques est assez décevante. Pour qui s’attendrait à la débandade des souks marocains ou à la profusion hétéroclite d’un tianguis mexicain, la réalité proprette et finalement assez « mainstream » du bazaar est un peu insipide. Cela fait longtemps que la mondialisation a tout nivelé par le bas. Presque tout est au niveau dramatique de la demande ; et ce qu’elle exige, l’offre est bien obligée de le lui apporter sur un plateau, même si ça veut dire vendre des loukoums au coca, des poudres de thés qui n’ont jamais vu l’ombre d’une plantation, des eaux florales pétrochimiques ou des fruits séchés quelque part au Sri Lanka.

S’il y a pléthore d’imitations addidas pour les Russes, d’Hermess pour Pakistanais, de porte-clefs pour Coréens, tu peux toujours courir pour trouver un truc un tantinet authentique sans que cela te coûte un œil. Le Grand Bazaar se convertira petit à petit en la plus grande bijouterie-bistrot de la terre, dont l’immense éventail de prix délimitera les rues et les quartiers, entre les ploucs du clinquant, les amateurs d’or et les bobos du vieillot, les Indiens méfiants, les latins fauchés, les Allemands radins et les prétentieuses Saoudiennes. Vomis par les autocars, les packs de touristes continueront d’enfiler l’avenue principale en maintenant très haut le cours de la cacahouète grillée et des contrefaçons grotesques, et la réalité, ou du moins l’idée que je m’en fais, s’en ira cacher sa pudeur dans d’autres maquis de ruelles.

Ceci dit, de ce marché couvert de la taille d’un centre-ville émane encore une certaine forme de légitimité puissante, sans doute la force d’inertie de sa propre histoire. Il y a somme toute quelques échoppes où languissent des antiquités attrayantes sous leur voile de poussière. Il y a encore suffisamment de douce folie pour nourrir nos appétits épatants. Rarement aurai-je autant apprécié un bain de foule mercantile. Ces murs dignes d’une enceinte sacrée en imposent aux chalands qui sont étonnement respectueux lorsque l’on sait comment la masse à l’habitude de se comporter lorsqu’elle remue en sa propre quantité… Et puis, il y a les vendeurs, mesurés, amusants, et hyper polyglottes, qui savent dire « pas cher », « tapis », ou « topaze » aussi bien en brésilien qu’en chinois, égyptien ou hindi.

Je me délecte de la course incessante des porteurs de thé qui balancent partout leur petit plateau depuis le micro recoin où ronronne le samovar pour répartir le carburant entre les mille travailleurs de cette taupinière de la consommation. Certaines boutiques ont même un interphone directement connecté à la source de l’incontournable liquide ambré. Un vrai terrain de promenade, fait pour être finement observé à pas lents, plein de sourires pour ces bosseurs qui se démènent sans jamais perdre la patience que l’environnement met pourtant à rude épreuve.

Pour les emplettes, en revanche, mieux vaut se faire piétiner un peu dans le quartier voisin où se concentrent ceux que l’on devine être les fournisseurs du bazaar. Comme par magie, ici, les prix se divisent par cinq sans même avoir à marchander. Encore heureux, parce que l’on remet pied dans un monde turcophone. Empilements et suspensions dignes d’une galerie d’art moderne. La rivière humaine qui déferle ici s’ouvre au son des motos ou des ramasseurs de cartons, dévie vers les viandes rôties à l’épée ou les cheveux d’anges noyés de glucose. On presse la nigelle, on moud le sésame, on vend le tabac ou le thé par coussinets de six kilos. Épices et fruits secs se négocient à la pelle.

Sur les trottoirs débordent les quincaillers, les spécialistes en roulettes, en poignées, en crochets (la crise impose de tout rafistoler) les pièces détachées d’aspirateurs (le pays est recouvert de tapis) ou les grossistes en tout ce qui pourrait bien te servir en mer (il y en a quatre aux alentours)… De la vraie vie et de vrais gens affairés, concentrés pour conjuguer la survie et le bon-vivre, un peuple qui parvient à grouiller sans te bousculer, à te faire cas sans t’asphyxier. Les micro-tabourets des micro-restaurants où personne ne te comprend à par à coups de rires et d’assiettes bien vidées (sinon, immédiatement, on s’inquiète…). Le point d’honneur que l’on met à ne pas te laisser partir mécontent, comme si en offensant son hôte ou son client on se faisait offense à soi-même…

De-ci de-là, pas mal de types à la tête pelée, le crâne plus ou moins bandé, plus ou moins irrité ou sanguinolent, et l’air tout à fait content avec ça. On jurerait qu’une secte d’arracheurs de cheveux sévit dans la capitale. Tant qu’on ne sait pas de quoi il s’agit, c’est assez inquiétant de voir tous ces types à moitié scalpés promener comme si de rien n’était. Mais, grâce aux spams de mister google, le mystère est résolu ; ce ne sont pas des arrachés, c’est tout le contraire, ce sont des replantés. Comme d’autres repiquent le riz, eux ils se font repiquer des follicules pileux. Il doit y avoir des cliniques à prix sacrifiés. Pour les pauvres Turcs qui se tapent le travail horriblement minutieux de ressemer tout un crâne, ce doit être comme nouer les mille et un nœuds d’un tapis persan, ou faire des futals à la centaine dans un atelier de couture clandestin. Un nouveau corps de l’armée secrète des petites mains mal payés pour faire reluire l’Ego occidental…

Le quai des ferries, le pont et les souterrains d’accès frémissent de vie comme une nasse à poisson. Les bateaux-barbecues immolent des nations de sardines. Partout les épis de maïs à la braise, les châtaignes et les brioches au sésame. Ça sent le grillé, le charbon, et l’envie d’exister décemment, sans que la guerre économique ne vienne te recruter de plus en plus jeune, de moins en moins préparé, sans que le marché des changes ne vienne te faire chier juste là, tout de suite, entre beignet, bateau et boulot, sans te priver de repos entre deux appels à la prière, de bon sommeil entre les merveilleux minarets qui se branchent directement au ciel glacé du soir.

De l’hippodrome romain aux gratte-ciels babyloniens, les jeux de lumière se mêlent aux jeux des ombres, et l’on se sent manipulé par un prestidigitateur turbulent, agacé par ses propres gestes, faiseur et défaiseur convulsif, exalté ou écrasé par la profusion de probabilités…

Le soleil ne creuse pas assez profond pour chauffer au petit matin les minces filets d’eau qui, tout à la fois, bâtissent et remplissent les baignoires de calcaire et de turquoise du très bien nommé « château de coton ». Statufiés par les sublimes boues blanches de Pamukkale, on entend craquer les vieux os des fantômes de la nécropole de Hierapolis. Une terraformation en accéléré nous permet de nous mesurer aux échelles géologiques, de jouer aux otaries dans les bassins furieusement brillants d’une banquise climatisée. Un gentil chemin d’eau chaude contourne la multitude (qui, comme toujours, dieu merci, fait rien qu’à se concentrer autour des baraques à frites…) et nous promène dans le bourgeon joufflu du printemps entre mes deux meilleurs potes les petits piafs et les paysages époustouflants.

Sur les photos on ne verra pas la brise fraîche, ni son ronron entre les cyprès élégants. On ne verra pas sourdre les bulles lentes des résurgences presque inquiétantes d’où s’élèvent les vapeurs thermales. Des lézards écailleux, comme au temps où les cités grecques n’étaient même pas en gestation, semblent nous dire qu’ils se faufileront entre les fissures de nos décombres comme ils l’ont fait dans Byzance, puis à son tour dans Constantinople, comme ils le feront entre les hautes tours de la présomptueuse Istanbul.

Lorsque le soleil t’a tartiné tout le jour, que le nez te pèle encore les couches de marrons mélanocytes qui tentèrent de t’éviter la brûlure pendant le bain, c’est toujours surprenant d’atterrir à quelques jours de là sous… une averse de neige… Mais cette fichue bouillasse de flocons que j’exècre tellement, contre toute attente, a réussi à me séduire en vidant la Capadoce de ses principaux habitants : les ribambelles de suiveurs mugissants de ce tourisme qui ne sait que rester groupé, les fanatiques du « must-see » sans rien savourer, les grappes de gloutons du décor parfait pour leur instantané de vie falsifiée, retouchée, plastifiée. Si j’en juge par la taille des parkings destinés aux autocars, l’affluence maximale doit pouvoir friser, voire surpasser l’insupportable. Or, tel un répulsif à sans-gênes, un DDT anti-morpions, la vague de froid a bouté hors de la région la canaille selfiestickophile (« qui aime les bâtons à auto-portrait »). Sans les narcisses de la masturbation au miroir et leur indispensable insta-gramme de coke, le monde peut tourner autour d’autre chose que de leur formidable nombril, et c’est une sensation délicieuse.

« Aime ton prochain ». Tu parles ! C’était une consigne valable tandis que la bagatelle de deux cents millions de couillons se partageaient le globe. Désormais, absolument tout est cohue, on ne sait plus où se mettre sans rivaliser. On est quarante fois plus nombreux qu’au temps du Christ. Aime ton prochain comme toi-même, et aussi les trente-neuf débiles qui te bousculent comme des veaux pour avoir la meilleure place sur le selfie au bord des falaises ! Je me demande où ils se terraient tous pendant la vague de froid ? (j’imagine l’état désastreux des hammams…) En tout cas on était les seuls à cradosser voluptueusement la poudreuse ! Encore une fois, je regrette d’avoir à me féliciter de l’absence de mes con-génères. Mais si c’est là le prix à payer pour pouvoir visiter une majestueuse cité souterraine sans que cent cinquante couillons avec la même casquette ne se sentent obligés d’en tester grossièrement l’acoustique, ou que les flashes, les drones et les commentaires de gros beaufs ne viennent briser l’instant fragile du couchant, ou qu’un groupe d’ados trentennaires trépanés ne se sente obligé de roter sa vodka-tagada et de tirer partout ses bordilles en se riant des locaux pour vraiment pouvoir se sentir exister, et bien soit : vive l’effondrement démographique, vive l’infertilité chronique et la crise des naissances !

On a quand même de la peine pour ceux qui vivent de ces doryphores aux poches si promptes à se vider. La manne vient toujours trop vite à manquer. Les files de quads et tout-terrains garés dans la boue glacée, les dizaines de remorques où gisent dégonflées les montgolfières inutilisables, la quantité de boutiques ou d’ateliers désertés, témoignent du désastreux manque à gagner. On soutient comme on peut les gentils vendeurs de boissons chaudes et de noix croquantes, mais chaque fois que tu veux être un peu généreux, ils t’offrent autre chose en échange, du coup y’a pas moyen. En plus, avec nous, ils ne s’attendent pas vraiment à des cascades de fric (« Ah! Spanish, no money « ) Mais bon, dès les premiers rayons la frénésie visiteuse reprendra de plus belle, je ne m’inquiète pas. Ceux qui peineront à s’en remettre, par contre, ce sont les pauvres amandiers. Leurs fleurs sous la neige sont certes du plus bel effet, mais le gel nocturne aura coupé court à leur merveilleux élan printanier. La fragilité est belle, la beauté est fragile, l’hôtel est divinement surchauffé.

La barrière de la langue me frustre vraiment ; je voudrais extirper tout leur savoir aux paysans, refaire le monde devant le samovar, en profiter pour demander ma route à ces gens dont on ne sait plus, entre fumier et flocons, si ils viennent de Bulgarie ou du Kirghizstan… Délice mâtiné d’incertitude de conduire dans ces zones déjà passablement reculées, que les intempéries repoussent encore plus profond jusqu’à remonter le temps dans les histoires de nos aïeux. Villages livrés à l’esthétique de l’abandon. Habitat troglodyte et tracteurs tussifs, regards en coin entre les touffes de sourcils noirs. A l’embrasure des maisonnées on devine des femmes aux bras rendus forts par la lessive et le pétrin, derrière des regroupement de moustachus qui doivent encore se demander ce que l’on venait foutre en leurs parages.

Le chauffage à fond et les roues soulevant les flaques, du moment que la bagnole ne nous fait pas faux-bond, on a le droit de céder quelques heures à la langueur, en faisant mine de croire, le temps de trois ou quatre expéditions, que l’on a tout vu de la profusion de ce qu’il y aurait à voir, entendre et partager, et que l’hiver n’est pas une saison insoutenable. Les paysages de Kapadokia sont d’une diversité difficile à décrire, comme chaque fois que le charme des lieux est affaire de vallées digérées par l’érosion. Ce pourrait être l’Italie ou l’Arizona, il y a des croix et des croissants, des gens qui semblent tout droit sortis de la fac de Grenoble ou d’une grotte d’Afghanistan. Une insoupçonnable rocaille cache en son ventre les fresques d’une église byzantine, les élégantes formations de pierre se dandinent et prêtent leur profil à toutes les lumières et à tous les points de vue, on jurerait que les termites d’un autre monde ont grignoté un monastère dans le défilé rocheux, un lac tracé au compas, un ruisseau dessiné au sismographe, des restaurants dans la rivière, des citadelles percées à la pioche… la profusion impose de se restreindre, d’accepter de ne pas pouvoir tout vivre ou visiter, et j’ai bien l’impression qu’il en est ainsi de tout le pays.

On n’est pas partis que l’on voudrait déjà être en train de revenir, de manger les rivages, de picorer les îles, de dévaler les plantations de thé. Il faudrait blaguer dans tous leurs dialectes, connaître Zonguldac, prendre le train pour Téhéran, pleurer la politique, cracher à la gueule des fachos, mastiquer des figues en veillant les brebis, maudire la guerre en regardant l’orient depuis le mont Nemrut, prendre des couleurs en pêchant sur la mer noire, apprendre à exprimer nos meilleurs compliments… Il y a des phrases difficiles à prononcer, parmi lesquelles « Adieu Istanbul », adieu aux restaux de quartier culottés durant cinquante ans aux vapeurs de çorba et d’aubergine, aux paniers de sumac et de pignons, aux entrelacs de dômes et de dorures, aux variations fascinantes des céramiques, et surtout, surtout, il en coûte de dire au revoir aux habitants et à leur gentillesse tellement élémentaire qu’elle nous fait honte, honte de ne pas savoir la manipuler avec autant de facilité.

On a envie de dire que ce ne sont pas les Turcs qui sont sympathiques, mais plutôt que c’est l’occident qui a perdu la recette. Et, puisque mes choix de vie on fait de moi un utilisateur régulier de la flotte aérienne, je me dois de faire mention honorable à ce peuple qui mérite un prix spécial pour son impressionnante efficacité à l’heure de passer avec une fluidité sans pareille les pénibles étapes de formalités, sécurité et procédures d’embarquement. Même la moins agile des mamies, qui parait pourtant fraîchement sortie d’Ouzbékistan, met moitié moins de temps à prendre place dans l’avion que n’importe quel fringant européen en goguette. Ça n’a pas l’air, comme ça, mais c’est à ce genre de détails que l’on détecte les différences intéressantes, de notables avancées évolutives. On se demande à quoi ça tient… Un brin de respect, ce qu’il faut de conscience de l’autre, un peu moins d’individualisme, la juste dose de self-control et de relâchement ? C’est en tout cas la preuve que le chacun pour soi n’est pas fonctionnel en nos sociétés.

Cet imbécile de pilote va au plus court pour nous rapatrier à Madrid. Ça me rend dingue de penser à tout ce que l’on perd sur le trajet : La mer Egée, l’Olympe, le Péloponnèse, les Pouilles, la Sicile, les Baléares… En inclinant un tout petit peu le manche il pourrait nous déposer en Tunisie ou à Vérone. Le monde est vraiment trop beau pour les insatiables ! Quand on sait ce que la vie garde en réserve et que l’on voit ce qu’on nous sert au quotidien… La liberté est addictive, le mouvement me rappelle que rien n’est conçu pour rester. Bien sûr que je crains les conséquences de mon inconséquence, de mes imprécisions, de mes décisions d’indécrottable indécis. Mais sans œillères je vois aussi les dangers des jolis discours, les mensonges de l’âge de raison, les pauvres gens pris dans le piège à loup de la généralisation. Je suis perdu mais pas à plaindre. Je n’ai pas de temps à consacrer aux regrets. Je continue de tordre la chair fibreuse des journées pour en extraire les meilleurs sucs. Je me taille la part belle avant de n’avoir plus de dents en faisant attention de ne pas m’étrangler avec toutes ces bouchées de présent. Je mâche consciencieusement cette nourriture sensationnelle. Je fais mon trou en me nourrissant de la terre. Je rousigue les liens qui me maintiennent attaché au monde…
Je ne sais pas ce que j’espère, je ne sais pas ce qui m’attend. A force de le bourrer de coups l’avenir finira bien par cracher le morceau ?

« He stripped off the armor of institutional friendships to dedicate his soul to the terrible deities of truth and beauty. » Edgard Lee Masters.

(Il s’est défait de l’armure des amitiés institutionnelles pour vouer son âme aux terribles divinités de la vérité et de la beauté.)

Göreme. Turquie. Avril 2019

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