222 Café et foudre en main

Au mètre carré, l’aventure ne coûte rien, ou peut te priver d’absolument tout. Délicate équation…mais quel malin délice de sortir de ses gonds, de luxer les articulations de son existence ! Drôle de passion que de collectionner des trouvailles immatérielles, de se constituer un patrimoine intransmissible, se faire fétichiste de l’intangible.

Écrire pour donner du corps aux trésors, pour faire quelque chose de tant de substance insaisissable, transformer en paroles cette garniture sensorielle. C’est sans doute aussi insensé que de faire les cuivres ou les mots croisés, pas plus glorieux que la belote ou les tarpés ; on n’y gagne guère que pour la couleur des blés.

Je sais que les mégajoules que je dépense en évasion ne servent pas à grand-chose. Mais qu’est ce qui n’est pas inutile au cours de la croisière humaine ? Où sont passés le temps et l’argent bien employés, ces tonnes de choses dont on nous a juré qu’elles étaient supercalifragilisticdélilicieusement importantes ? Où sont Calypso et Circé, le soma, l’hydromel ? Qu’importe aujourd’hui à Hugo ou Imhotep d’avoir eu leur nom gravé dans la pierre ? Qu’en est-il du labeur de nos aînés, de la gloire des grands ou de la sueur des soumis ?

Vous le savez comme je le sais, et comme le savais déjà l’Ecclésiaste au deuxième siècle : « havel havalim, hakhol havel »

– Qu’est-ce qui raconte ce con ?!
– Václav Havel, la révolution de velours ?
– C’est pas à la fin les citations d’habitude ?
– Mais qu’est-ce tu bois doudou dis-donc ?

Pour ceux qui ne domineraient pas l’hébreu : Vanitas vanitatum omnia vanitas, tout n’est que vanité, tout part au caniveau, héros et bourreaux ont pourri, in pulverem reverteris, les sic transit et caetera. Wikipedia tire dans le tas :

Le mot traduit par « vanité », הבל, (hvl, hevel), signifie littéralement « fumée, vapeur, buée, haleine, souffle léger », c’est-à-dire que la vie humaine est « futile, illusoire, vide, fragile, éphémère, de peu d’impact, voire sans aucune réalité »…

Pour bien, bien le sentir, faut se le répéter plusieurs fois à voix haute : « futile, illusoire, vide, fragile, éphémère, de peu d’impact, voire sans aucune réalité. » Allez, avec moi : « futile, illusoire, vide, fragile, éphémère, de peu d’impact, voire sans aucune réalité… »

Un véritable mantra, une jolie récitation, tellement qu’on se la fait encore une fois : « futile, illusoire, vide, fragile, éphémère, de peu d’impact, voire sans aucune réalité… »

Déclinaison du déclin annoncé. Une vie comme un peu de buée, juste le temps de dessiner un cœur sur les carreaux. Puisque tout s’en retourne à la poussière, j’aime autant déjà me répandre et voleter de par le monde. Mieux vaut vous prévenir : le jour venu, vous ne trouverez rien à l’intérieur de mon urne ; je me serai dispersé bien avant que d’être en cendres !

Ce qu’on est isolé avec ses textes ; confortablement calé dans les coussins d’une étrange indifférence. À quoi bon tous les bruits du monde ? Les murs de mots ne laissent plus rien passer. On improvise sur le blues de la bible, on joue sur le spleen des anciens, Épicure au banjo, Suzuki à l’harmonica.

On a le lancer de dés malicieux, des manières d’aristocrate et de bouseux. On se la joue voyage intérieur avec le pauvre radeau de deux ou trois bières, on se tripote le nerf du plaisir en solitaire, on se croit seul sur terre…

…puis les voilà venir : Venise étirée de résilles, Paris secouée par derrière, Singapour ligotée de jungles, ou la belle Istanbul les jambes écartées par la barre d’un pont !

On se sent déjà envahi par l’odeur âcre des rafiots. On parle de l’Odyssée en regardant le tube de harissa. Les tapis tournent vers l’Orient, le coutelas vers les marais. On pense aux Météores, à la météo d’Eliat ou au métro de Taipee, et soudain, on se retrouve en train d’écrire à New York.

Freud a dit un truc du style : « Wohin ich auch ging, ging ein Dichter vor mir hin. » (Partout où je suis allé, un poète était allé avant moi.) On dirait qu’il m’arrive la même chose…

Encore un écrivaillon au cul de Lorca, encore un qui voudrait griffonner ses bons mots sur les façades que tout le monde a lues, encore un tout petit poète pendu au cou de « l’aube menteuse de New York ». (« …el alba mentida de Nueva York » in : « Un poeta en Nueva York », recueil de poèmes de Federico García Lorca…)

Que dit-on quand on est face à ça ? La cité est un gros morceau. J’ai le sentiment d’être arrivé au point de tous les grands départs, au centre de l’étoile dont les bras courent la terre. Je me sens nu et mal rasé devant une dame immense.

Ne pas sombrer dans la grandeur.
Faire petit, à défaut de faire court.

Au-dessus de la mousse de la surdose, des pièces monumentales se pressent sur l’échiquier des avenues. Partout du déjà vu, du réchauffé comme une belle assiette de celluloïd à la sauce al Pacino, saupoudré partout de Woody Allen et de super heroes (prononcer : soupeur-h’iroses, ça rime avec surdose)

Des perspectives cuites et recuites sur le grill du terrorisme ou entre mille bulles de comic strip. On a tous vécu un temps à Chelsea, souri ou pleuré dans Brooklyn, aimé ou trompé sur l’un de ces ferries orange.

Sitôt débarqué on s’y croit, on s’y croirait.
C’est presque trop facile d’arriver ici sans forcer, de renaître new-yorkais sans forceps ; faudrait une sorte de concours d’accès. (encore que, dans notre cas, les 24h de voyage pourraient servir de passe-droit) On est mis tellement vite dans l’ambiance que le sens du réel a parfois du mal à suivre.

New York, c’est ta ville, c’est ma ville, c’est la ville de tout le monde. C’est Babylone deux point zéro, la Rome réactualisée, le saint-siège calé entre les accoudoirs de l’east river et de l’hudson, la timonerie de la terre.

Une fois passés les très hauts remparts des frontières, on a le sentiment d’être accepté dans le cockpit du continent, de pénétrer intra muros il y a mille cinq cents ans dans Teotihuacán ou Damas. On se sent invité par une belle un peu putain, une BCBG aux poches remplies de shnouf.

On devine qu’il doit y avoir de tout, et pas que du brillant. Plus la vitrine est rutilante, plus l’arrière-court doit inspirer la méfiance. Mais le touriste n’a pas que ça à faire de s’insurger ou de s’interroger. On a des cases à cocher, un planning à poursuivre. Pas le temps de plaindre leurs sans-abris ou dénigrer leur président.

S’il fallait voyager uniquement dans des pays sans gros cons aux commandes, la lune serait remplie d’hôtels. Mieux vaut ne pas essayer de se justifier. Dans le brouhaha des réponses à tout, on n’entendrait pas se carapater le plaisir.

Ici, on use une dizaine de planètes à l’année. Faut ce qu’il faut ; planquez les excédents sous le manteau, chiez derrière les rideaux, mais n’amenez surtout pas de faucille ni de marteau !

Compotée de nations au pas de course où tout le monde se croit premier si les pourboires sont bien tassés. La réussite vaut bien le sacrifice d’une poignée de besogneux, ou de secouer les puces d’un pays insituable, de piétiner une ethnie d’autre-part en échange d’une bourse de jolies billes.

Hey man ! On est au Népal des finances, face au Tibet des tiroirs-caisse. Plus on monte, plus le froid est coupant, la compassion se raréfie. Les fashion-victims manquent d’air, les snobs ont besoin de porteurs pour charrier leur Ego.

Safari entre les pattes des grosses bêtes d’aluminium. On use nos semelles à la recherche des grands clichés ; ils sont légion. Un immanquable en cache un autre. Randonnée urbaine entre les plus hauts sommets, les falaises imprenables du luxe, les refuges superbes du néoclassique, néobaroque, néogothique, de l’art néo-nouveau, du néo-new et de toutes les versions de renéo-naissances.

Le temple majeur de la gare centrale et les pinacles de Saint Patrick, qui paraît une maquette de cathédrale au cœur de cette foire-à-la-hauteur. La biblio où l’on peut aussi étudier le marbre, la synagogue fermée pour cause de Bar Mitzvah solennelle. (c’est-à-dire de millionnaire…)

Les quartiers où toute ta vie de larbin ne payerait pas un mètre carré de terrain, les portiers plus élégants que je ne le serai jamais, l’invraisemblable variété de nations qui se croisent sans savoir sur les passages piétons, les travaux de partout, les parvenus exaspérés qui ont toujours une urgence à faire passer, qui doivent toujours arriver avant, être premiers en tout, tout l’temps.

Les riches qui ne comptent plus leur mômes ou leurs caniches, parce que c’est la Conchita qui s’en charge, qui les promène avec le même harnais et les étrille avec la même brosse. Central park trop petit pour mes guiboles de paysan, Time square trop brillant à mes yeux, mes yeux plissés pour lire ces altitudes d’acier.

Homme-fort tirant sur ses chaînes, le pont de Brooklyn s’échine à réunir les rives, à rapprocher les bords de la plaie qui sépare les îles. Belles balades au bord du nombril de ce monde écœurant d’oracles, tous défoncés aux couronnes de laurier, animés par une transe de possession, possédés par l’indexation.

Ah ! Les crève-la-faim ne savent pas comme on souffre ici. Les barbares d’ailleurs (car partout autour c’est « ailleurs ») ne connaissent pas le stress des représentations, tout ce qui se vend de rimmel, de chichis et de chiens-chauds, la coke sur un coin du bureau.

Nos pieds sont bastonnés par l’errance, de Madison à Wall street, sur certains des sentiers les plus chers au monde. Excursion ponctuée d’arrêts aux stands, comme des stupas où vénérer les déesses de la chaleur et de la caféine. Compenser à longues enjambées la frustration de ne pouvoir conquérir ces empilements de Lego, ces glaciers méprisants, ces attrape-couillons de cristal.

Ce qu’elle est belle la démesure lorsque l’on oublie ce qu’elle représente, ce qu’il en coûte au reste du troupeau d’élever des veaux d’or. On se sent fasciné par ce qui nous dépasse.

Et puis il y a les musées ; vraiment trop pour une éphémère vie de touriste. On se cogne jusqu’à l’épuisement aux vitres des merveilles exposées. Consacrer un bon gros tiers de son temps à tous leurs kilomètres ne sert qu’à effleurer du bout des cils les forces archéo-artistiques en présence.

Sables mouvants du MoMA, vis sans fin du Guggenheim, mine de trésors insondée du Metropolitan… Marche-forcer ne sert à rien, l’offre de parcours culturels est insensée. Un iceberg en lieu de glaçon, Ali baba en plein inventaire, Grangousier fait péter le pantalon.

La mer m’a suivi jusqu’ici. Les quais d’embarquement ont l’écume aux lèvres. L’Atlantique, comme une mascotte, attrape des bâtons dans Battery Park. Les écureuils jouent aux indiens entre les feuilles mortes.

Marée humaine sitôt mangée, sitôt régurgitée par les transbordeurs de Staton island. On dirait les barges d’un débarquement massif d’ouvriers, de tâcherons, de besogneux. Figure de proue de l’empire, la lady liberté n’illumine pas beaucoup le monde, à peine un lampion entre les phares de la finance.

Les nuages ont carré une sourdine dans la gueule du soleil. Le silence étrangleur étouffe les édifices. Manhattan est immobile, étourdie par la brume. Sur la monture de Rockefeller, on domine un beau troupeau de gratte-ciel, bisons encore assoupis dans le matin statique.

Sensation de gloire à huit billets le quart d’heure. Une minute d’ascenseur super sonique pour pouvoir lancer un regard olympien sur le modèle réduit du monde, café et foudre en main.

On reste bouche bée au balcon de l’occident, entre l’ONU et la réserve d’or, face à la mer et au pétro-pognon. Que peut-on rajouter à cet empilement ? Les taxis de Tokyo sont blancs, ceux d’ici sont de la couleur des bus de Las Palmas.

Ils jaillissent entre les vapeurs de l’infra-monde, se bousculent, se télescopent et s’enfilent ainsi que des globules-jaunes dans les artères de la cité, chargés de transporter les dollars à tous les organes vitaux.

La cité a tant été détaillée, filmée, espionnée… On sait tout de ses grains de beauté avant même d’avoir couché avec elle.
Il n’empêche que de l’ausculter sous toutes les coutures, en car, en ferry ou en téléphérique, de nuit, avec quatre ou cinq millions de lumières d’ambiance, ça fait tout de même de l’effet.

Ça me rappelle la foi où j’ai conduit une Ferrari. Tu fais mumuse avec un truc qui ne fut pas conçu pour toi. Tu profites du joujou en sachant que tu n’en peux exploiter qu’une infime partie, que tu n’es pas réellement aux commandes.

La toponymie rend tout extraordinaire, jusqu’à friser le ridicule. Tu te surprends à trouver stylés les passages piétons de Broadway ou les cabinets de Greenwich village. La cinquième avenue te semble un nom de choix. Tu te prends la pluie sur le Malcom X boulevard, et elle ne te mouille pas du tout pareil qu’à Villeurbanne.

(Je me dis que ça doit faire le même effet à ceux qui découvrent Paris, alors que quand tu connais bien, toi, les boulangeries de Montmartre, elle te paraissent surtout trop chères…)

Nous foulons très humblement les terres de l’exagération, sitôt démasqués parce que l’on économise, que l’on fait attention à son prochain ou aux prix. (en dessous de 5$ ils ne l’écrivent pas, comme si ça ne valait rien) On est directo classés sud-américains, pas assez comme-ci pour être touristes, trop comme-ça pour être ricains.

Tout un fourmillement de gens est nécessaire pour faire tourner ce gros engin en permanence. Quel que soit le quartier ou la condition, il faut augmenter les résultats de la veille, booster le rendement, la production, se hisser en poussant les autres.

China town est encerclée d’une muraille de contrefaçons. Au centre du nœud asiatique : les crapauds à côté des côtelettes, les radis blancs, les crabes bleus, les paniers pleins, les regards vides, les vagissements du négoce, les pharmacies d’épices et tellement de machins séchés qu’on n’ose pas réhydrater, de peur qu’ils reviennent à la vie. C’est exotique à souhait. On voudrait bien en savoir plus, même si la très asiatique frénésie commerciale fatigue rapidement le chaland.

Dans un recoin de cette Chine improvisée, Little Italy (ridiculement « little ») étranglée entre dragons rouges et cagettes d’asticots crémeux. Plus rien à en tirer. Restaus néo-vieillots et foutues nappes à carreaux, buon giorno à l’accent raté, c’est tout ce qu’il en reste. On croit davantage aux moines bouddhistes qu’aux descendants de Vito Corleone. Seul truc réaliste : le prix des menus, très bien imité des tarifs de Rome…

New york est éreintante, on voudrait lui donner tout ce qu’on a, (elle le prendrait sans hésiter) on comprend vite qu’il faudrait y avoir vécu pour en saisir un peu le sens. Ici, on est acteur en permanence, la superproduction ne s’arrête jamais. Tous les jours meurent ici ses auteurs, ses poètes, ses scénaristes, mais tous les jours aussi ils naissent, dans les vapeurs épaisses du port de la nouvelle Amsterdam. (son premier sobriquet…)

New York, c’est aussi et bien sûr, l’esthétique indéniable de ces cascades d’escaliers de secours. Les façades de briques au croquant de biscuit, aux couleurs de brownie. Tous ces marchés qui n’en sont pas, la bouffe au prix d’une greffe de foie. Les œuvres d’art au coin des rues, les rues mieux que des galeries. Des nids de fer, de tapis et de marchepieds, des sculptures habités, des habitants pressés. Les pommes du New Jersey et le bourbon dans un sac en papier. Le métro qui s’appelle Subway, les stations, les accès, les beaux hiéroglyphes des graffeurs, les mendiants et le jazz, l’art de la pauvreté. On file notre train-train d’aluminium, de métal ondulé et de lanternes. Y’a les Latinos ou les Noirs, et deux trois blancs qui dépareillent au milieu de la vraie population, des blacks américains qui sont le sang authentique de New York, accent mortel et Nike aux pieds. Il y a la surprenante politesse, peut-être un peu forcée, les bonnes actions ou l’universel rien-à-foutre, les beaux manteaux, les yeux cernés, puis tout d’un coup t’apparaît un collier de piments mexicain, de l’español-dominicain, et tous les artifices et tout le décorum du continent latin, la cohorte des petites-mains de l’empire. Alors Harlem entonne un hymne pour le royaume des cieux, l’évangile gronde dans les gorges. Les églises vident les boulevards pendant le grand show du dimanche. Ici, on se fait sermonner et qui plus est, on adore ça, on se ressert et on en redemande. On dit un « oui » haut et clair à qui parle de remerciements, d’accion de grâce, d’unité, d’équilibre, et de la merveilleuse chimère de l’égalité. Harlem comme un seul homme, titan de négritude, structure édifiée au fil des ouragans historiques, puissance respectueuse qui termine une autre semaine en paix, entre pain de maïs et morceaux de poulet grillé…

Pris dans une tempête d’images, matraqué par des milliers de photos, on fini à moitié évanoui à l’autre bout de la journée, entièrement succionné par cette amante jamais assouvie. Où que l’on aille, on s’éloigne du centre et du kilomètre zéro ; au-delà, on jurerait qu’il n’y a plus rien. On file son inconstance, on se sent douloureusement mais fièrement transitoire, suppositoire carré dans le fondement du monde « libre », balloté par le rythme sous-terrain, totalement hypnotisé par les belles ampoules bleues du métro…

Revenant dans les rails du nihilisme qui m’a amené à vous agresser d’entrée en hébreu, je me dois de retranscrire en direct à peine différé la dernière grande réplique de ma nana qui, sans le faire exprès, ne pouvait pas tomber plus à propos :

« ¡ No hay nada en ningún sitio ! »
(Il n’y a rien, nulle part…)

Négation à double tranchant. Un coup de katana conceptuel. Anesthésie au zéro absolu.

(En vrai, on parlait de s’il restait de la vaisselle à laver. On a tendance à semer de partout des verres à thé. Et alors ? Vous pensiez que Bouddha n’allait pas au bistrot ? Vous croyiez que la vertu ne pousse que sous un figuier vénérable ? Vous voulez que je vous dise la quantité de crottes qu’on trouve derrière les arbres en Inde ?!….)

À tant faire le tour du monde, on finit par penser que l’on va faire le tour des choses, que la drogue des surprises nous fera moins d’effet, que la routine prendra de l’ampleur jusqu’à tout entacher. Mais le véritable danger est au creux de la vague, dans les replis de la tranquillité. L’aventurier retourne les pierres, il devance les mauvaises rencontres, il n’attend pas que le serpent se faufile dans ses bottes. Il s’agit de donner un sens aux instants qui se creusent entre deux échéances, ne pas laisser le monstre du laisser-aller reprendre son souffle. Même si c’est vrai qu’il n’y a rien, nulle part, même si on a très envie de se taire, même si on perd l’envie de raconter, conscient de ne pouvoir que balbutier, même si tout est « futile, illusoire, vide, fragile, éphémère, de peu d’impact, voire sans aucune réalité… »

Comblé par l’incertitude, le voyageur n’est jamais vraiment perdu que lorsqu’il ne trouve plus de chemin à se mettre sous les pieds.

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« Quand je bois ce thé, j’absorbe l’univers tout entier. » (Daisetsu Teitaro Suzuki)

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Inglewood, upper Manhattan. NYC, USA (ène-ouaille-si, iou-ès-èï) Novembre 2019

Un commentaire

  1. Bonjour Benoit Couren, on parle bien du Benoit Couren qui a eu son bac en 1996 à Annecy, et qui a ensuite entamé des études d’histoire à Chambéry? Si ce n’est lui je reconnais pourtant son coté createur et reveur..

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