233 Aphorismes de quartier

Je regarde un cliché de toi,
et j’ai le sentiment que l’on essaye de me refourguer une coquille d’œuf contre la promesse d’un oiseau, un bout de planche
en échange d’une forêt.

Ce n’est pas toi qui souris
sur ce mauvais papier peint.
Le photographe n’a pas volé ton âme, il l’a égarée en chemin,
car la distance est immense
entre la lentille et la pellicule, comme elle l’est entre l’œil et l’encéphale.

Une photo n’est que la dépouille d’un paysage, le frottis superficiel de ce que fut un visage.

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Les ailes des colombes,
à l’heure des infos du soir,
prennent des tons rose-orangé.

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Qu’est-ce que tu files à bouffer à ta misanthropie
quand même Cioran te sort par les oreilles ?

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Quelques échardes de Krisna
piquées entre les cœurs ;
des cure-dents pour tenir à la cuisson.

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Dans la bouche ou dans la plaie,
le sel, lui, reste le même.

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Allons comparer
nos miniatures
au ciel sans bornes,
remuer nos hanches
contre les hanches de la mer,
toute de molécules mouvantes.
Allons plier avec les peupliers
et penser très fort au désert,
jusqu’à tout dépeupler.

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Quoi qu’en dise le correcteur :
Tu pleut de partout.

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Moi, je ne m’en retournerai pas
à la poussière, non :
je m’en retournerai au sable ;
et tu ne sauras pas, toi,
égrainant sa finesse entre tes doigts,
que, ce faisant,
tu caresseras mes mains immortelles.

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Peser ses mots,
poser une lettre après l’autre
sur les plateaux de la balance.

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Sommes-nous à ce point indécis,
que même la mer est immobile ?

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« Mes regards sont comme des bêtes qui ne trouvent plus à se nourrir. »
Phillippe Jaccottet

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