239 Noël à nos portes

La dernière fois que je vous ai dit ‘joyeux Noël, je me demandais déjà quand on allait bien pouvoir se revoir. J’étais loin du compte. Comme si j’avais entamé un autre tour du monde. Mais cette fois, c’est le monde qui a tourné sans nous. On n’est pas partis, ou on est trop restés, carbonisés par les infos du soir.

Cette année, on a beaucoup tourné sur nous-même. Sept mille millions de toupies humaines, de derviches échevelés par la spirale de l’introspection citoyenne. On a tourné sans faire la ronde, parce que se donner la main n’est pas à la mode dernièrement.

Et nous voici sur le seuil de ce bout de siècle, café à la main, vaseux comme après une trop longue sieste. Ce Noël on est tous sur le palier, on se prépare à accueillir ceux qui ne pourront pas venir. Il faut croire qu’on a grand besoin de se réinitialiser. Tout éteindre pour se rallumer, plus brillants que jamais.

On va passer les fêtes debout dans l’entrée, pour saluer de loin tous ceux qui passent. On sera distants, timides, gênés, mais présents et concernés par tous ceux que l’on ne voit pas, par ceux que l’on ne peut pas embrasser. On va remettre la conscience au goût du jour, se souvenir de savourer. On va se promettre de colmater les déperditions de chaleur humaine.

L’année nous laisse un arrière-goût de parenthèse. On s’est lavé les mains mille fois plus que Ponce Pilate. On a (encore) épargné les Barrabas des finances, on a (encore) crucifié nos sauveurs. On reprend les mêmes et on recommence, mais cette fois, on a reçu une bonne onction de désinfectant, comme un second baptême aseptisant. C’est la grande communion mondiale au propylène glycol. Pour une fois, on est tous de la même bande des anti-bactériens. Soiffards ou pas, on est tous des hydro-alcooliques anonymes.

Et voici que la radio crie à qui veut l’entendre que 2020 aura probablement été l’année la plus chaude jamais enregistrée. (z’ont pas dit « érotique ») C’était donc ça ! C’était une année d’échauffement ! Fallait le dire qu’on a fait tout ça pour pouvoir courir le semi-marathon de l’an 21 sans se faire de claquage !

En avant toute alors ! Que la grande croisière recommence ! On a reçu notre dose de charbon (en Espagne, faute de présents, les Rois mages apportent du charbon aux enfants pas sages ; heureusement, les pâtisseries vendent des cubes de meringue noire, histoire d’adoucir la pénitence…) mais c’est pour faire rugir la chaudière du navire. On va se rincer de ces saletés au gel de champagne, se promettre de danser longtemps au bal démasqué, exposer notre museau au vent de proue du renouveau.

En 2020 y’a eu faux départ, ça comptait pour du beurre, mais cette fois-ci, c’est pour de vrai, la nouvelle décennie commence maintenant, ou juste après la digestion…

J’espère qu’on recevra tous en cadeau des promesses d’embrassades, des tas de « bon pour un bisou », des coupons de partage, des kits de retrouvailles, des puzzles où pas une pièce ne manque, des « qui est-ce » sans le masque, des sept-familles bien mélangées, des jeux de construction simples et stables, de la pâte-à-modeler-ensemble, des boussoles, des aimants, des inséparables…

Tout ce que je veux pour Noël, c’est pouvoir vous dire « à bientôt ».

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.