Appel aux illustrateurs

Je ne sais pas ce que c’est qu’être ou se prétendre écrivain. Si c’est passer le plus clair (ou le plus sombre) de son temps à tartiner des pages avec des histoires que l’on se croit en droit de juger lisibles par d’autres, avec tout le cocktail d’humilité et de prétention, d’indécence et d’omissions qui en découle, ça me ressemble. S’il s’agit d´être publié, rémunéré, reconnu pour son talent, je suis étrangement moins concerné par la définition. Ce qui est en revanche certain c’est qu’il convient à chacun de faire ce qu’il juge adapté à ses capacités. Auteur à succès ou auteur à fracas, je ne suis pas adapté pour juger; En ce qui me concerne je suis en revanche persuadé de ne pas être photographe, illustrateur ou compositeur visuel.

Il m’arrive souvent de râler qu’on n’a pas exigé de Proust ou Dostoïevski qu’ils « aèrent » leurs écrits avec des photos en « selfi » sur la Volga ou au cours d’un apéro chez Swann. Mais l’oeil s’étant offert la part du lion des sensations il convient de s’adapter à cette époque toute offerte à la domination de l’optique. Comment vous aider à sortir de la prison des concepts, des barreaux de la langue, de la cage de l’imagination, quand je n’ai pas fait une seule photo en plusieurs années de voyage?

J’aimerais donc proposer cette tâche à ceux dont c’est le métier, la passion, ou le hobby. J’offre bien volontiers les espaces vides entre deux longues respirations syntaxiques au talent de qui le voudra. La liberté n’aura que peu de limites: Il me reviendra d’approuver ou non la publication des illustrations que vous auront inspiré les textes ou les lieux, personnes, ambiances, délires auxquels ils font référence. Tout type de document est a priori recevable, pour peu qu’il ne soit pas protégé par des droits d’auteur et qu’il respecte des limites acceptables de décence et de bon goût. (mais mes limites sont assez élastiques à cet égard…)

Pour le reste: Faites-moi le plaisir de vous faire plaisir et surtout de le communiquer. Peu importe le support, la technique, le niveau d’exécution. Ce qui compte c’est d’oser. Ce peut être un dessin d’enfant ou de vieillard, un brouillon ou une oeuvre d’art en devenir. Prenez-le comme un vide-poche ou une vitrine d’exposition. Usez le stylo bic, le poil de martre ou le pistolet à tatouer. Prenez en photo un bon graffiti ou scannez-en une de votre grand père dans les années trente. Photocopiez vos fesses ou un ticket du bus de Bornéo où vous posâtes ces mêmes fesses. Vous pouvez en envoyer une en passant ou considérer de collaborer régulièrement. Collez comme une ventouse au texte ou contentez vous d’une vague allusion, lisez absolument tout ou rien que le titre, venez compléter mes lacunes, enrichir ces pages insipides avec votre version de la lumière. Enervez-vous, énervez-moi, mais agissez en créateurs: le monde n’en a jamais de trop.

Faites vos propositions par la voix des commentaires, j’ai heureusement un ami qui saura formater puis éditer vos envois avec tout le respect et le savoir-faire qu’ils méritent. Vous êtes évidemment conviés à signer votre travail. Les images seront datées par la publication et vous appartiendront sans restriction, avec un total droit d’accès, de retrait, de retouche, de répétition. Si vous êtes le nouveau Renoir ou le futur Doisneau je me contenterai du plaisir d’avoir pu héberger votre talent entre mes lignes.

Soyez les bienvenus dans ce vertige de pages.

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