En guise de préface

Ceci n’est pas un carnet de voyage, même si ces textes sont souvent piétinés par les aventures exotiques. C’est un recueil de ce qui se veut plus ou moins poésie, maquillée pour sortir au bras du vaste monde.

Le voyage n’est qu’une charmante excuse, une agence d’évasion, certainement pas une fin en soi. Les mouvements de l’écrivain sont comme les gestes du prestidigitateur: Il permettent de détourner l’attention du spectateur pendant que se fait le tour de passe-passe de la composition. Ceci-dit l’errance est une vraie pouponnière pour l’inspiration. On est contraint de canaliser le flot de visions, on se sent redevable aux extérieurs, invité à faire circuler l’interaction. On est embauché par l’énergie créatrice, on fait partie du staff des tourbillons.

Le courrier électrisé, électrolysé, numérisé, offre un format à ce déluge de sensations. Mais le fleuve reste libre entre ses rives. Ces lettres abandonnées à la mer digitale s’adressent à des correspondants dématérialisés qui peuvent en faire exactement ce que bon leur semble. La structure épistolaire laisse un espace immense aux réponses que l’on ne recevra jamais. La liberté d’expression est démesurée, on a les rebondissements sans l’histoire, on envoie des nouvelles depuis ses décombres et ses utopies.

J’ai préféré rédiger dix mille mille cartes postales plutôt qu’une seule dissertation prétentieuse. Je ne tenais pas spécialement à ce que mes notes, terriblement dépareillées, fermentent indéfiniment entre les feuillets. L’alibi de la promenade a permis d’unifier cet arlequin d’écrits, tous ces racontars chaotiques. Puissent mes pensées s’assainir au grand air sans que j’aie à justifier leur envol ou leur effondrement.

Finalement nous allons tous de notre rengaine, chacun à sa façon nous laissons notre besoin d’expansion remplir ce vide que nous ne comblerons heureusement jamais. Ce blog est à la fois un gueuloir et un silencieux vissé au canon de mes cris, une sourdine enfoncée à la sortie de mes expectorations, le crachoir ou le haut-parleur de mes entrailles. Et ces mots sont des briques, et ces mots sont du vent. Les pensées sont à la fois le lest et les suspentes, les images un navire ou un cachot duquel il est prudent de savoir s’échapper:

Le jour où s’est brisé mon appareil photo flambant neuf (…) s’est ouvert en moi un zoom fascinant. Et les cahiers se sont dès lors remplis jusqu’à déborder sur la web. Acheter papier et stylo, même dans des endroits où je jure que ce n’est pas simple, est devenu une mission de première nécessité. Les photos que je n’aurai jamais prises, je les ai régurgitées sur mon carnet, codifiées par le devoir de mémoire et les détours de l’abstraction.

Ces textes sont des tissus irrigués de sang nouveau ou vieux comme le monde. Mes contes ont la salive aux lèvres. L’ultra-violet révélerait des traces d’explosif et de liquide séminal sur les pages, sur les draps ou la peau. Les paragraphes essaient de s’organiser comme des organes, de monter des systèmes compliqués de tripes et d’hormones. Cette histoire est diluée par les larmes, raturée par les rognures d’ongles. Elle a quelques pincées de cervelle et une louche ou deux d’émotions pures, des sauces à la sueur, son piquant microbien. C’est une structure souriante, avide, omnivore. Ces textes vagabonds avancent sans savoir où ils vont, ils ont du poil et des mamelles, il doivent leur vie à une longue série de battements spasmodiques…

Tout ce blog est un corps en mouvement.

On aura suffisamment lu ailleurs ce que je radote ici: chacune de nos plus minimes décisions, toute forme de choix, de renonciation ou de point de suspension, tout, absolument tout marque le pas d’une certaine forme de déplacement aventureux. Alors oui… c’est peut-être bien un blog de voyage finalement, mais de celui dans lequel nous sommes absolument tous embarqués.

S’il est bien justifié de se sentir impuissant face au typhon des évènements, si nous sommes très certainement menottés par les conditions de survie, il ne tient qu’à nous en revanche d’ouvrir sur les déhanchés de notre existence un œil éclairé et coquin, de faire de la somme de nos tranches de vie un gâteau délectable, de mettre nos envies en musique et de faire, vaille que vaille, une histoire sensationnelle de notre odyssée ordinaire…

 

2 commentaires

  1. Bonsoir nito, ton cousin marocain rencontré au japon vient de lire ton derner mail et vient te retrouver dans cet espace virtuel rempli de souvenirs réels

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